Le bâtiment de la préfecture
La façade de la préfecture
Le bâtiment de la préfecture, construit en 1890, est un monument historique classé qui héberge deux administrations, la préfecture, siège de l'Etat, et le conseil général, représentation élue du département.
Tous les ans, lors des journées du patrimoine, les salons de la préfecture sont ouverts au public qui souhaite découvrir l'un des fleurons de l'architecture lyonnaise de la fin du XIXe siècle.
Il nous a paru important de profiter de la création de ce site Internet pour montrer ce monument à tous nos visiteurs, qu'ils soient Français ou étrangers. La préfecture, c'est la maison de l'Etat, c'est donc la maison de tous
Les institutions et leurs divers emplacements
Le Conseil général est créé en 1790 par Lettres Patentes du roi Louis XVI pour exercer les pouvoirs locaux détenus alors par les intendants, les officiers ou les échevins ; ses membres sont élus. Les préfets sont institués, en 1800, par le premier consul Bonaparte pour incarner la permanence de l'Etat dans le département ; ils sont nommés. Durant le premier siècle de son histoire, le Conseil général et, après 1800, la Préfecture du Rhône siègent dans divers bâtiments de Lyon : la "salle du Concert", place des Cordeliers puis à l'Hôtel de l'Intendance, place Bellecour avant de s'installer, au mois d'août 1792, à l'Hôtel de ville, place des Terreaux, où ils restent jusqu'en 1806. A cette époque, l'administration départementale émigre dans des maisons particulières. Puis, un Hôtel de la Préfecture est aménagé, de 1816 à 1826, par l'ingénieur Cavenne, dans l'ancien claustral des Jacobins, sur la place du même nom. Cumulant à la fois les pouvoirs de préfet et de maire de Lyon, Marius Vaïsse décide, en 1852, de transférer, à nouveau, services préfectoraux et départementaux à l'Hôtel de ville. Cette situation dure jusqu'à la Troisième République, période à laquelle Lyon retrouve ses libertés locales. S'impose alors l'édification d'une nouvelle Préfecture.
La construction
Lorsque, au cours de sa séance du 30 avril 1879, le Conseil général du Rhône décide de construire une nouvelle Préfecture, il choisit un emplacement, propriété des Hospices Civils de Lyon, situé sur la rive gauche du Rhône, exactement en face de la nouvelle basilique de Fourvière (1872-1896), sur un axe est-ouest. La nouvelle Préfecture est édifiée entre les quartiers de la Guillotière, au sud, et des Brotteaux, au nord.
La construction de la nouvelle Préfecture est confiée à l'architecte en chef du Département, Antonin Louvier. Projets de l'architecte et travaux du gros œuvre s'échelonnent de 1883 à 1890, pour un coût de 4 500 000 francs. Le bâtiment est inauguré le 18 août 1890 en présence du préfet Jules Cambon, du président Fleury Rebatel, futur beau-père d'Edouard Herriot.
L'achitecture
L'Hôtel du Département (nom actuel de la nouvelle Préfecture) est un édifice en pierre de taille évoquant du premier coup d'œil la solidité et la pérennité du régime républicain triomphant sous la Troisième République, à partir de 1880. De même, le vaste perron et la rampe carrossable en fer à cheval participent de la solennité recherchée. Pour le bâtiment, Antonin Louvier adopte le "style éclectique" en vogue (colonne "à l'antique", toiture "à la Mansart"). L'architecte prévoit encore une charpente métallique, l'éclairage au gaz et le calorifère. Le bâtiment donnant sur la rue Pierre Corneille est aménagé dans les années 1950.
La décoration de l'édifice est variée et abondante, tant dans le domaine de la sculpture que celui de la peinture murale. Elle s'établira jusqu'aux premières années du XXe siècle. Jules Cambon, préfet du Rhône de 1886 à 1890, en est le principal instigateur. En effet, républicain fervent, Cambon veut que la décoration du monument de la République proclame le triomphe du régime, sa force, son amour pour le peuple ; il souhaite que la République apparaisse fondatrice de la Nation. Et pour une partie de ce programme décoratif, le préfet obtient la participation financière du ministère de l'Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes. Ainsi, l'Hôtel du Département fait partie intégrante de ce vaste programme national de construction, de restauration et de décoration mis en place par les hommes de la Troisième République triomphante destiné aux édifices du pouvoir comme, par exemple, l'Hôtel de ville de Paris.
La façade - le jardin
Du rez-de-chaussée jusqu'à la toiture, la sculpture orne la façade. A la clé de voûte des trois portes d'entrée, le sculpteur lyonnais, Louis Martin, évoque, au centre le Rhône - un visage masculin robuste et barbu -, de chaque côté, la Saône et l'Azergues, l'une et l'autre sous les traits d'un jeune visage féminin. Entre ces portes, le sculpteur Pierre Aubert indique, dans des médaillons circulaires en bronze, certaines des richesses régionales de l'époque, c'est-à-dire de gauche à droite : une locomotive, évoquant le chemin de fer, moyen de transport récent ; un métier à tisser rappelant l'importance de l'industrie de la soie, tant à Lyon que dans sa région ; une nef pour la batellerie, moyen de transport considérable pour le commerce ; palette, pinceaux, compas, chapiteau, tous ces attributs illustrant les Beaux-Arts si présents dans l'histoire de la ville.
De part et d'autre de l'horloge, se dressent Le Jour et La Nuit. La Nuit, à gauche, personnifiée par une jeune femme, baisse un voile sur sa tête, tandis qu'une chouette se blottit contre elle, à ses pieds ; à droite, Le Jour, représenté par un homme robuste, dévoile au contraire son visage, accompagné d'un vigoureux coq chantant. Ces deux sculptures sont l'œuvre du Lyonnais Etienne Pagny. Le préfet Cambon aurait préféré qu'au fronton apparaisse une illustration de "La France républicaine soutenue par le département et par la ville, qu'elle domine, qu'elle couronne et qu'elle unit". Auraient été alors représentées l'Administration "ayant à ses pieds l'oiseau symbolique de la prudence, la chouette de Minerve et tenant dans ses mains le code et la règle" et la Police "ayant derrière elle le chien, emblème de la vigilance armé de l'épée et du mors". L'architecte Louvier refuse ce projet mais est contredit à son tour, lorsque, trouvant que les caryatides de l'horloge "lèvent trop le coude", il est désavoué par le préfet au profit du sculpteur. Au centre du fronton triangulaire surmontant le couple du Jour et de la Nuit, les initiales R.F (République Française) sont gravées dans la pierre ; de part et d'autre de ces initiales, la ville de Lyon et celle de Villefranche, sous les traits de deux jeunes femmes à demi couchées, couronnent le faîte de ce même fronton.
Quatre monuments en pierre animent le jardin ; ceux de l'officier d'Empire Duphot et de Pierre Dufour, du côté de la rue Servient ; ceux dédiés à l'académicien Victor de Laprade et à Félix Mangini, du côté de la rue de Bonnel.
L'escalier d'honneur
L'atrium et l'escalier d'honneur
La sculpture se poursuit, monumentale cette fois, dans l'atrium voûté, à l'espace ponctué d'un ensemble de colonnes. En effet, Germanicus et surtout Claude, empereur romain né à Lyon, auteur des fameuses Tables Claudiennes en 48 permettant aux riches Gaulois de Lugdunum de participer à la vie politique de la colonie romaine, sont l'œuvre de Jules-Louis Printemps. Face à eux, deux majestueux vases de Sèvres occupent encore le vaste espace de l'atrium ; l'un est de couleur vert céladon, l'autre bleu turquoise. Ces deux pièces en porcelaine dure sont issues du Mobilier national et ont été livrées au mois d'août 1889.
Cet atrium donne accès à l'escalier d'honneur. De part et d'autre de la première série de marches, deux imposantes statues représentent l'une le sculpteur Nicolas Coustou, l'autre le peintre Ernest Meissonier ; ils sont tous les deux nés à Lyon et sont l'œuvre du sculpteur Louis-Joseph Enderlin. L'escalier d'honneur conduit, au premier étage, à la majestueuse enfilade des salons d'apparat. Cet escalier à deux volées, aux voûtes en anses de paniers, est éclairé de fruits (ils sont en verre et recouvrent les ampoules) qui débordent d'une lourde corne d'abondance portée par un couple d'enfants ; cette œuvre en bronze, répétée à l'identique tout au long de l'escalier, est due au sculpteur Louis Vermare ; par la forme, son éclairage, associés à la colonnade qui le couronne, cet escalier est la réplique parfaite de celui de l'Opéra de Paris édifié par Charles Garnier ; Le visiteur est accueilli, d'une part, sur le palier, entre les différentes séries d'escalier, par le Génie du Commerce brandissant son caducée, œuvre en bronze du sculpteur Joseph-Marie Bourgeat, d'autre part, sur le mur est, au premier étage, par une peinture murale qui représente la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, sur le Champ-de-Mars à Paris. Elle est l'œuvre de Jean Alaux, peintre du XVIIIe siècle et a été choisie, en tant que dépôt de l'Etat, par Jules Cambon, car elle évoque l'une des rares dates de la Révolution où le sang n'a pas coulé, comme le précise le préfet lui-même. De part et d'autre de cette œuvre, pour animer le mur resté nu, le peintre décorateur Louis Bardey peint, selon une tendance néo-antique, deux trophées surmontés de deux médaillons circulaires.
Les anti-chambres et les salons
A cet étage d'apparat, nécessaire aux réceptions, l'aménagement de l'espace présente une parfaite symétrie autour de la pièce principale : le grand salon. Sur un axe allant du nord au sud, se répondent deux antichambres, deux salons, une salle à manger au nord et un salon de jeux (aujourd'hui salon Carnot) au sud. Une enfilade de cinquante-cinq mètres de long est aménagée du salon nord au salon sud en traversant le grand salon.
Cet ensemble de pièces homogène est décoré d'une abondance de moulures, de dorures, les murs sont recouverts de soieries signées de la maison Tassinari et Chatel ; il est éclairé d'une multitude de lustres scintillants, en cristal et en bronze, chacun pesant 1 000 kilogrammes. Faste et magnificence sont complétés par un ensemble de sculptures et de peintures murales.
L'antichambre Nord est ornée d'un ensemble peint, dépôt de l'Etat encore, signé de François Desportes, peintre du XVIIIe siècle. Ce sont deux cartons de tapisseries intitulés Les nouvelles Indes.
Dans l'antichambre Sud, toujours à travers deux peintures murales signées de Jean Restout et datant des années 1750, sont à nouveau représentées l'architecture et la peinture. L'architecture est évoquée par la visite de Carthage par Didon, fondatrice légendaire de la ville, et Enée ; la peinture par la venue d'Alexandre le Grand dans l'atelier du peintre Apelle chargé de portraiturer la belle Campaspé.
La salle à manger et le salon Carnot ont pour décor, entre autres, des œuvres peintes à la gloire de la déesse Diane. Dans la salle à manger, au-dessus de la cheminée, elle est représentée avec deux compagnes par le peintre lyonnais Nicolas Sicard ; au plafond du salon Carnot, Joanny Domer la peint sur le point de tuer le jeune chasseur Actéon qu'elle a transformé en cerf. La décoration picturale de ce même salon est complétée par une œuvre placée au-dessus de la cheminée : elle a pour titre la Cueillette des mûriers, allusion évidente à l'industrie de la soie, et est signée de Fernand Lequesne. Le nom de ce salon rend hommage au président de la République Sadi-Carnot, assassiné à Lyon, le 24 juin 1894, par un anarchiste italien Caserio.
Les deux portes des salons nord et sud, donnant accès aux antichambres, sont surmontées de bouquets de fleurs exubérants dus au talent de Castex-Degranges. Ce peintre lyonnais rappelle ici, notamment par la précision du dessin et la minutie de la facture, l'étroite relation entre la peinture de fleurs et le dessin de l'industrie de la soie. Les artistes, bien que toujours lyonnais, sont différents quant aux œuvres placées au-dessus des cheminées de ces mêmes salons nord et sud : dans le premier, Tony Tollet évoque l'allégorie du printemps sous les traits d'une jeune femme et de deux fillettes ; dans le salon sud, Castex-Degranges mêle à une guirlande de fleurs le blason du département du Rhône.
L'ornementation du Grand Salon est dominée par le Triomphe de Vénus, vaste peinture murale, signée du peintre académicien Léon Comerre et placée au plafond. Le régime républicain est évoqué par la couleur tricolore des pennes des flèches. Dans deux lunettes latérales, Comerre complète cette œuvre, au nord, par la présence du confluent du Rhône et de la Saône, spécificité géographique de Lyon, au sud, par le triomphe de cette même ville illustrée par une jeune femme assise de face sur un trône, couronnée, vêtue d'un manteau pourpre et entourée d'une "canuse" et d'une allégorie des Beaux-Arts ; toutes les trois sont placées à l'avant d'un paysage architectural lyonnais. Enfin, le reste de la pièce est décoré, en particulier dans la voussure du plafond, de six petites lunettes, signées de Léon Comerre, toujours à l'effigie de l'Amour, des initiales R.F. et de médaillons représentant les Quatre saisons, œuvres de Louis Bardey, de quatre génies ailés sculptés, tous dus à Claude Labranche ; les bustes de deux lyonnais, l'économiste Jean-Baptiste Say et la poétesse Louise Labé dite la Belle Cordière, celui de Marianne surmontent chacun l'une des trois portes.
La salle de délibération du Conseil général
C'est ici que siège l'assemblée départementale en séance publique. Au fronton de la salle, Louis-Edouard Fournier, autre peintre officiel, portraitiste de talent, consacre une peinture monumentale Aux gloires du Lyonnais et du Beaujolais. La composition de l'œuvre adopte la disposition de nombreux personnages par groupes distincts, suivant les différents siècles, sur fond de ciel clair et de paysage lyonnais où se devine le célèbre confluent. Les soixante-six personnages, hommes et femmes, de la fondation de la ville imaginaire (200 av J.C.) à la fin du XIXe siècle, sont nés, sont morts ou vécurent à Lyon. Qu'ils soient empereurs, chefs romains, hommes d'Eglise, saints, architectes, artistes, écrivains, poètes, scientifiques, savants, grands médecins, imprimeurs, industriels, tous concourent au progrès de l'humanité par les vertus du courage, de l'effort, du travail, du talent. Leur nom est inscrit sur un imposant cartouche. Fournier développe encore, avec vigueur et clarté, l'illustration des richesses régionales, dans quatre panneaux en forme de trapèze, situés dans la voussure du plafond. Sur les deux plus grands, face à face, se trouvent le cycle de la soie d'une part, la renommée des écoles et des universités lyonnaises d'autre part. Au centre de cette même toile, trônent côte à côte, la colline de Fourvière et la colline de la Croix-Rousse. Les deux plus petits panneaux exaltent respectivement le commerce florissant de la région, jeune personnage concentré examinant des comptes entre la Batellerie et la métallurgie, et l'agriculture prospère de la campagne lyonnaise, jeune fille couronnée de fleurs dévoilant son buste en signe de fertilité, entre l'élevage et la viticulture. Cet ensemble homogène de peintures murales s'associe à la verrière du plafond, elle-même à l'effigie du département puisque son blason en occupe le centre, blason complété des allégories de Lyon et Villefranche, elles-mêmes accompagnées d'un mûrier et d'une treille, ressources naturelles du département et garantes de prospérité. Cette œuvre est due au maître verrier Lucien Bégule. Les vingt-deux cantons du département (aujourd'hui cinquante et un cantons) sont illustrés par leur blason respectif retenus par de petits personnages sculptés.