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Intervention du Préfet Carenco au sujet des attentats de Charlie Hebdo

 
Intervention du Préfet Carenco au sujet des attentats de Charlie Hebdo

Le jeudi 8 janvier, Jean-François CARENCO, Préfet du Rhône et de la région Rhône-alpes, Préfet de la Métropole de Lyon, a pris la parole, à l'occasion des voeux aux personnalités, pour s'exprimer sur les attentats survenus au journal Charlie Hebdo le 7 janvier.

Vous trouverez ici le discours qu'il a prononcé à l'occasion :

Bonsoir à tous,

Je souhaitais vous accueillir, ce soir, avec Danielle Chuzeville, Présidente du Conseil Général, pour un moment d'amitié, de partage et d'échanges, un moment de joie.

Vous présenter mes vœux de très bonne année, mes satisfactions de celle écoulée, il y en a eu : la recherche et l'innovation, la permanence de l’industrie en Rhône-Alpes...

Je voulais évoquer les efforts à poursuivre en 2015...

Je voulais également vous parler de la Métropole, qui va se déployer cette année, et qui occupera beaucoup de notre actualité. Je salue à ce propos Michel Mercier et Gérard Collomb, pour avoir oeuvré avec les services de l'Etat dans l'optique d'en faire un véritable outil au service de tous.

Mais hier, des fanatiques ont assassiné douze personnes innocentes, en plein coeur de Paris, en plein coeur du pays, en plain cœur de la France.

Les victimes sont les dessinateurs Cabu, Charb, Wolinski, Tignous et Honoré ; l'économiste Bernard Maris ; la psychanalyste Elsa Cayat ; Frédéric Boisseau, l'agent de maintenance du journal, Mustapha Ourrad, son correcteur ; Michel Renaud, l'Ancien directeur de cabinet du maire de Clermont-Ferrand et journaliste de formation, ainsi que les policiers Franck Brinsaloro et Ahmed Merabet.

Aujourd'hui nos pensées vont vers leurs familles, leurs amis et leurs proches, et nous partageons tous, je crois, une infime part de leur peine.

*

La caricature est un art de la précision, et c’est depuis des siècles, bien avant Molière, un des piliers de l'esprit français.

La caricature, c’est cette capacité de nous moquer de nous-mêmes, de nos politiques, de nos artistes, de nous moquer des idéologies et des religions, aussi... Aussi, derrière Charlie Hebdo il y a l’esprit de 1905, l’esprit laïc et frondeur, l’esprit de la démocratie.

La caricature, c'est la France des Lumières qui subsiste, sous un autre jour. C'est la France dont on parle dans le monde, la France des penseurs, des créateurs, des humoristes, des écrivains.

Les barbares n'ont pas tiré au hasard, ils ont cherché à éteindre la lumière. C'est un peu de cette France qui est morte hier, mais rassurez-vous, la France vit encore, vous n'en avez pas fini avec elle.

*

J'ai été horrifié par cet attentat odieux, du fait de sa cruauté et de ses douze victimes, mais aussi par ce qu'il révèle de l'état de notre société, du besoin urgent de se reconsidérer en tant que peuple, en tant que communauté de Destin.

Liberté, égalité, fraternité : Il faut rappeler ces mots, aujourd'hui plus que jamais. Ces trois mots foulés au pied par l'extrémisme, la bêtise et la violence. Ces trois mots qui dérangent la barbarie.

Mais la France est plus forte ! Elle a perdu des hommes et des femmes de grande valeur, mais elle a gagné, parce que nous sommes tous rassemblés.

Hier les français, et les Lyonnais parmi les premiers, ont montré qu'ils étaient capable de s'unir et de se dresser devant le fanatisme, la stupidité et la cruauté.

Il y a de l’espoir dans cette indignation collective, un espoir que nous partageons tous ce soir.

Tous ensemble, nous montrons que la France est belle. Belle quand elle dit non à la barbarie, non à la soumission ; Belle quand elle dit oui, oui à la tolérance, belle quand elle dit oui à l'espérance. Oui la France est plus belle par ce refus unanime et le recueillement de notre peuple.

Mais oui aussi, les morts d'hier nous engagent. Ils nous demandent de faire reculer l'exclusion, reculer l'ignorance, reculer l'inculture.

Soyons, demain encore, ensemble pour une France mieux éduquée, plus irriguée par une culture universelle et exigeante qui apprend seule l'exercice de la liberté.

Mesdames et Messieurs, oui la République nous appelle. Pour elle sachons vaincre nos différences, nos lassitudes, notre indifférence. Il nous faut ensemble faire preuve de plus de solidarité, faire preuve de plus de fraternité, belle formule républicaine.

Rien n'excuse, rien ne justifie ces actes barbares. Mais la République ne peut que constater que le terreau de l'exclusion, de l'ignorance, de la non éducation est plus fertile à la barbarie que d'autres terrains.

Oui cet attentat nous rassemble, et confirme que l'espérance est notre chemin.

Pour le dire je veux vous lire quelques lignes d'Andrée Chedid :

J'ai ancré l'espérance

Aux racines de la vie

Face aux ténèbres

J'ai dressé des clartés

Planté des flambeaux

A la lisière des nuits

Des clartés qui persistent

Des flambeaux qui se glissent

Entre ombres et barbaries

Des clartés qui renaissent

Des flambeaux qui se dressent

Sans jamais dépérir

J'enracine l'espérance

Dans le terreau du cœur

J'adopte toute l'espérance

En son esprit frondeur

Voilà. Merci de votre présence ici. Je vais une dernière fois laisser s'exprimer la maîtrise de l'Opéra de Lyon.

Ensuite, même si les vœux ne sont pas célébrés et que les buffets sont supprimés, hormis quelques rafraichissements, nous pourrons échanger entre nous avant de nous séparer.

Merci à tous